Visite de Travail
Abdoul Aziz Aguissa (A.A), le Vérificateur ou l’Auditeur Général du Mali et son équipe, achèvent une visite de travail au Rwanda.
COOPÉRATION BILATÉRALE
6/27/20269 min read


Rwanda- Mali/Coopération
« Le fort engagement politique du Rwanda est pour moi le fil conducteur de la lutte contre la corruption » - Abdoul Aziz Aguissa
Kigali, 27 Juin (ARI) - Abdoul Aziz Aguissa (A.A), le Vérificateur ou l’Auditeur Général du Mali et son équipe, achèvent une visite de travail au Rwanda. L’objectif était d’apprendre les meilleures pratiques en matière de gestion des fonds publics. Il a apprécié le fort engagement politique du Rwanda lequel engagement est le fil conducteur de la lutte contre la corruption. Il a accordé une interview exclusive à André Gakwaya de l’Agence Rwandaise d’Information (ARI). Lire l’entretien :
A.A - Je suis au Rwanda dans le cadre d'une invitation de mon homologue, l'Auditeur Général du Rwanda. C'est ma première sortie en dehors de mon pays depuis ma nomination le 23 Mai 2025. Ma visite vise trois objectifs à savoir : Renouveler les engagements pris par mon prédécesseur ; Présenter le Plan stratégique traduisant ma vision pour le mandat 2025-2032 ; et Discuter des perspectives de notre partenariat en vue d’assurer une meilleure mise en œuvre de l’Accord de coopération sus indiqué.
Je voudrais remercier très sincèrement l'Auditeur Général du Rwanda pour m'avoir invité. Tout l'accueil chaleureux et fraternel qui m'a été réservé, moi et mon collègue.
Je voudrais également remercier toutes les autorités rwandaises qui ont facilité les différentes rencontres et qui ont bien voulu mettre à notre disposition toutes les informations dont on a besoin. Je voudrais enfin remercier son Excellence l'Ambassadeur du Mali au Rwanda, qui a été très disponible, qui nous a accompagné dans toutes les rencontres prioritaires et qui s'est intéressé vraiment au domaine prioritaire de la mission, étant entendu que nos plus hautes autorités, en l'occurrence le Président de la Transition, le Chef de l'État, son Excellence le Général d’armée Assimi Goïta, ont clairement indiqué que la corruption fait partie des domaines prioritaires de notre refondation de l'État.
Au terme de mon séjour, j'ai été très satisfait de toutes les rencontres que j'ai eues avec les autorités du Rwanda ainsi qu’avec M. l'Auditeur Général et son équipe.
Mon séjour a été vraiment bénéfique car j'ai pu prendre connaissance des bonnes pratiques, notamment en matière des audits de performance dans le domaine informatique, ce qu'on appelle ici les audits informatiques. C'est un domaine sur lequel nous comptons travailler, mon homologue et moi, parce que c'est un domaine innovant, et surtout avec l'émergence de l'intelligence artificielle et la digitalisation des services publics. Je voudrais également ajouter que les interrelations qui existent entre les différentes structures qui permettent notamment l'exploitation des rapports de l'Auditeur Général par beaucoup d’autres structures constituent une bonne pratique qui m’a particulièrement intéressé.
Autre élément, c'est que j'ai pu découvrir aussi la pratique originale des écoutes au niveau du Parlement, ce qui m'a beaucoup émerveillé, parce que c'est un véritable rendez-vous de la réédition des comptes. Je crois que ce sont des pratiques qui peuvent aider, qui peuvent vraiment nous amener à lutter contre la corruption et à améliorer la gouvernance dans nos pays.
ARI - Pour ce qui est de la gestion des fonds publics, les cas de corruption, quels sont les principaux cas de corruption que vous constatez au Mali ?
A.A - Au Mali, on a pratiquement les mêmes constatations qu’au Rwanda. Dans nos vérifications, on décèle généralement des faits qui constituent des infractions à la loi pénale, c'est-à-dire toutes les pratiques de gestion qui ne sont pas en conformité avec la réglementation en vigueur. Il y a aussi des questions de régularité et de sincérité des opérations de dépense et un problème d'archivage dans les pièces comptables dans les services surtout pour une longue durée. Il y a souvent de fausses factures. Ce sont plus ou moins les mêmes cas que j’ai notés ici et qui régulièrement relevés par l’Auditeur Général. Maintenant, pour nous, les faits qui constituent des infractions à la loi pénale sont dénoncés directement au Procureur du Pôle national économique et financier, qui a été mis en place dans le cadre de la lutte contre la corruption et la délinquance économique et financière. Les textes qui concernent ce pôle-là ont été revus par nos plus hautes autorités pour renforcer son efficacité.
Ensuite, on décèle également des faits qui sont susceptibles de constituer des infractions à la législation budgétaire et financière que nous transmettons au juge des comptes. Ce sont des faits qui concernent généralement des fautes de gestion. On décèle également des irrégularités administratives, c'est-à-dire des fautes administratives qui sont assorties généralement de recommandations. Ces recommandations sont adressées aux autorités administratives, y compris les plus hautes autorités. Ce qui fait qu'aujourd'hui, Son Excellence le Président de la transition, Chef de l'État, a fait mettre en place une commission qui travaille sur les sanctions administratives sur la base des fautes de gestion relevées dans les rapports du BVG.
Cela signifie qu'au-delà des faits qui sont dénoncés à la justice, les fautes administratives aussi sont analysées et sanctionnées.
J’ai pu aussi constater au Rwanda qu’il y a un engagement politique fort. A mon avis, ce fort engagement politique est le fil conducteur de la lutte contre la corruption. Heureusement, chez nous aussi au Mali, le Président de la transition est fortement engagé dans le cadre de la lutte contre la corruption et la délinquance économique financière. C'est pour cela que nous avons pu mettre en place un dispositif adéquat et très efficace pour lutter contre la corruption.
Comme indiqué plus haut, c'est sous son initiative que la Commission qui analyse les sanctions administratives a été mise en place. Il avait dit qu'au-delà des faits dénoncés à la justice, il faut nécessairement que les fautes administratives soient sanctionnées. Depuis son arrivée, on a constaté l’effectivité de ses sanctions qui ne cessent de tomber. Chaque fois que les rapports indiquent des fautes administratives, la Commission prend la décision tout de suite. Je crois que cela a donné un élan particulier à notre lutte contre la corruption. Les bonnes pratiques que j'ai découvertes ici au Rwanda permettent justement d'améliorer notre processus de lutte contre la corruption. Et cela sous le regard bienveillant de nos plus hautes autorités.
ARI - Ce qui importe surtout, c'est que l'argent qui a été détourné soit ramené dans la caisse de l'État. Est-ce que chez vous, il y a ce principe que celui qui empoche l'argent de l'État soit forcé absolument de ramener cet argent ?
A.A - Chez nous, effectivement, l'argent qui a été détourné est recouvert de deux façons. La première façon, c'est que généralement, dès que nous nous engageons à une mission et qu'on constate l'effet de détournement ou de mauvaise gestion, il y a beaucoup de gens qui remboursent l'argent avant même que notre mission ne finisse. En 2024, je crois qu'on a déjà recouvert près de 4 milliards FCA qui sont rentrés dans la caisse de l'État au trésor public. Les versements sont faits au trésor et non au BVG. Ils nous ramènent juste la quittance reçue. L’année dernière, en 2025, on a plus de 100 millions FCA qui ont été versés. Quand les gens ne remboursent pas et qu'on dénonce au niveau de la justice aussi, les gens payent là-bas aussi. Au niveau du pôle national économique et financier, il y a des versements qui sont tenus.
ARI - La digitalisation, la numérisation des systèmes des fonds publics, des systèmes de taxation, des systèmes de passation des marchés, atteint quelles étapes dans votre pays?
A.A - Pour le moment, les étapes qui sont là sont des solutions individuelles. Chaque service essaie de s'informatiser. C'est la raison pour laquelle nous avons lancé en 2026 l'évaluation de la politique nationale des technologies de l'information et de la communication. Cette évaluation est en cours d'être finalisée. Dès la fin nous soumettrons les conclusions aux plus hautes autorités.
Aussi, sur la base des conclusions de cette évaluation, nous comptons mener des audits informatiques. L'idée est de faire en sorte qu'il y ait une solution globale de digitalisation comme l'a voulu le Président de la transition, le Chef de l'État. Il veut que l'ensemble de l'administration publique soit digitalisé et que les moyens de paiement soient digitalisés. Nous souhaitons que ce processus soit fait dans une certaine cohérence pour que les services puissent interagir entre eux, comme cela se fait au Rwanda. Que les services puissent interagir et qu'il y ait des traçabilités par rapport aux opérations de dépense. Cela permettra non seulement de minimiser la corruption, mais également de permettre à nos audits de se faire dans un délai record.
ARI - Il y a un autre aspect sur lequel vous voulez bien insister dans votre mission?
A.A - Je voulais juste insister sur le fait que le Rwanda et le Mali ont signé plusieurs accords dans le cadre du partenariat Sud-Sud pour valoriser nos propres conceptions africaines, nos modèles africains. Je souhaiterais mettre l'accent sur ce partenariat. Ce que j'ai découvert ici au Rwanda, pour moi, c'est un modèle qui va beaucoup servir le Mali car nous avons presque les mêmes populations, les mêmes pratiques et la même civilisation. Donc, on a les mêmes défis et les solutions peuvent souvent être semblables en tenant compte bien sûr des contextes qui peuvent différer.
ARI - Le Mali connaît souvent des attaques des rebelles extrémistes qui s'emparent pour un certain temps d'une province, des bureaux, des systèmes de l'État. Est-ce que cela ne vous perturbe pas le système économique du pays, même la taxation, l'impôt ?
A.A - Non, d'abord deux choses. Il faut éviter le narratif des médias occidentaux qui ne traduit pas la réalité sur le terrain. Aujourd'hui, le Mali connaît certes quelques attaques, quelques problèmes de sécurité comme dans tous les pays du monde (il y a eu des attaques en France, aux USA, etc.). Les attaques que l'on connaît sont des attaques de géostratégie et nécessitent donc qu’on se réorganise en conséquence. C'est ce que les plus hautes autorités ont fait en décidant de s'organiser et faire en sorte qu'on ait les meilleurs dispositifs nécessaires. Le constat est simple. Aujourd'hui, nous nous sommes organisés de façon à ce que la population comprenne que ce sont des questions géostratégiques et que les attaques dont vous entendez parler ne sont pas toujours dans l'ampleur dont elles ont été définies par les médias occidentaux. La population vaque à ses occupations sans grandes difficultés. Il y a certaines zones où il y a la sécurité à maintenir bien sûr, mais aujourd'hui, les nouvelles mesures que les autorités ont prises vont contribuer à améliorer très conséquemment les questions de sécurité. Aujourd'hui, le pays est en ordre et l’État commande sur toutes les parties du territoire de notre pays. Aucune portion du territoire n'est dominée par qui que ce soit. C'est extrêmement important.
Deuxième chose, le Président de la Transition a une vision claire. C'est dans ce cadre qu'il a fait évaluer la loi d'orientation qui concerne tout le secteur de la défense, évaluation faite par le BVG. A partir de cette évaluation, il a pris des actions concrètes pour la montée en puissance de notre armée. Aujourd'hui, on a les moyens de lutter contre la corruption et on est en train de lutter contre l'insécurité. Chaque jour, les moyens s'améliorent et la surveillance du territoire est totale à date ce qui fait je suis très confiant. La preuve est qu’en 2024, le BVG a eu à conduire 44 missions. En 2025, j’ai réalisé 50 missions de vérification et en 2026, cela va dépasser les 50 missions. Si ce que les médias occidentaux racontent était vrai, est-ce que je pourrais travailler et atteindre ces nombres de mission ? Le Mali compte une population de plus de 23 millions d’habitants avec un grand territoire de plus de 1,2 millions de kilomètres carrés. (Fin)
ARI-RNA/ Coopér. / 27. 06. 26/14: 14 GMT/
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